Aviateur Gregory Cole, Forces armées canadiennes
L’hélicoptère CH-148 Cyclone « OSPREY » embarqué du NCSM Charlottetown effectue un tir de leurre de contre mesure lors d’opérations aériennes dans la Méditerranée, dans le cadre de l’opération REASSURANCE, le 19 août 2024.
Michel Maisonneuve a servi comme Directeur des études du Collège militaire royal de Saint-Jean de 2007 à 2018. Il a complété 35 années de service avec les Forces armées canadiennes en 2007. Il a été nommé le 30e lauréat du Prix Vimy en 2020. En plus de ses décorations canadiennes, il est Officier de l’Ordre national de la Légion d’honneur française, Officier de la « Legion of Merit » des États-Unis, et récipiendaire de la Médaille du Service méritoire de l’OTAN. Il a publié son premier livre en 2024 : « In Defence of Canada : Reflections of a Patriot ».
Dominique Trinquand est un officier de l’Arme blindée cavalerie française que je connais depuis 47 ans. Nous nous sommes connus comme jeunes lieutenants alors que je servais comme officier d’échange canadien au 12e Régiment de Chasseurs (Régiment qui était alors jumelé au 12e Régiment blindé du Canada) à Sedan dans les Ardennes. Sa carrière extraordinaire l’a menée à être présent et à influencer plusieurs événements politico-militaires des dernières décennies. Ses expériences ont fait de lui un important commentateur et vulgarisateur prisé par les médias francophones. Ce livre fournit donc un excellent tour d’horizon global sur les événements du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui. Parsemé de notes biographiques qui illustrent son rôle au sein ou comme observateur de ces événements, ceci apporte une saveur de crédibilité directe à ses propos.
L’auteur identifie l’invasion russe de l’Ukraine comme élément principal démontrant l’effondrement de l’ordre mondial, mais il se reporte aussi en arrière dans le temps pour illustrer les indices qui auraient dus nous alerter à cette situation. C’est « l’effet papillon » qu’il décrit et qui est appuyé par une série d’excellentes cartes à l’arrière du livre.
Le manque de réaction internationale à l’annexion de la Crimée en 2014 aura sans doute engaillardi Poutine envers l’idée d’envahir l’Ukraine huit ans plus tard. Comme Trinquand, je n’y croyais pas non plus; il n’allait quand même pas essayer d’envahir un pays doté d’armées comptant 200.000 militaires avec une force de 150.000, mais Poutine comptait sans doute être accueilli comme un sauveur.
Trinquand commente le déclin des États-Unis qui dit-il, continue de perturber l’ordre mondial sans plus savoir comment le rétablir. Le problème continue et s’est même aggravé : le « gendarme » semble effectivement incapable de réussir en ce moment. Il relate l’histoire du refus de la France de s’associer aux actions des É-U en Irak, ce qui nous rappelle que le Canada avait pris la même position. Lors de mon arrivée à Norfolk en 2003 comme Chef d’État-major du quartier-général du Commandement suprême allié Atlantique de l’OTAN, il y avait encore de la tension parmi les généraux et amiraux en poste sur la position de nos deux pays…et on servait encore des Freedom Fries dans les restaurants…
Il relate l’histoire des pilotes de chasse français en route vers la Syrie après que la « ligne rouge » d’Obama ait été traversée. Ceux-ci avaient dû faire demi-tour en pleine mission car Obama avait manqué de courage. L’auteur commente l’essor de la Chine après y avoir séjourné. Il donne ses impressions sur le Taïwan et la capacité de la Chine à annexer cette « province ».
Ayant servi pendant plusieurs années comme Aviseur militaire à la mission diplomatique française aux Nations-Unies (un poste qui fut mis sur pied après que Dominique eut démontré son utilité) Trinquand nous transporte au cœur des débats souvent difficiles auxquels il a participé. Il fut collaborateur de Kofi Annan, de Sergio de Mello, et de ministres et ambassadeurs français qui se sont succédé, et cette partie du récit est captivante, surtout lorsque l’on a maintenant été témoin du résultat de ces décisions.
Trinquand commente positivement les actions de la France en Afrique, et il démontre par des exemples que la France peut accomplir plus que les États-Unis en Afrique par son agilité et ses relations sur place. Il organise même une visite du Conseil de Sécurité de l’ONU en entier à Bunia, ce qui a certainement été une excellente façon de démontrer la capacité de la France à accomplir une mission délicate avec doigté.
En ce qui concerne l’Iran, il croit que l’annulation du JCPOA par le président Trump fut une erreur. Bien que je ne partage pas son opinion, Trinquand fournit de bons arguments pour appuyer ses vues. La France a toujours eu une relation particulièrement étroite avec l’Iran. Lors de mon service en France avec Dominique en 1979, l’épouse du chah—la chahbanou—avait commandé chez Hermès des foulards ornés d’un motif de cavalerie. Après le départ du couple en exil, ces foulards avaient été offerts aux membres du Régiment à un prix réduit.
Trinquand relate chaleureusement son service comme aviseur personnel du Général français Jean Cot à la tête de la FORPRONU en 1993. C’est là que nous nous sommes revus pour la première fois depuis mon départ de la France en 1980. Nous avons tous deux été impliqués personnellement dans les actions de la poche de Médak où un groupe-bataillon canadien appuyé par deux compagnies françaises avait fait reculer les forces croates d’un saillant qu’ils avaient capturé. Cot, un général opérationnel et au fort leadership, a commandé la FORPRONU avec brio, et Trinquand l’a appuyé brillamment dans ses lourdes responsabilités.
Il explique ses débuts comme élève à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Plus tard il reçoit le commandement, à Bitche, d’un régiment devant être dissout l’année d’après et il explique comment il s’en est pris pour motiver ses troupes. C’est du leadership façon Trinquand typique : utiliser une crise comme une opportunité.
Les dernières parties du livre offrent des commentaires sur la position actuelle de la France qui s’applique aussi au Canada : déclin, apathie et contentement des citoyens, mauvaise gestion de nos budgets, déficit et dette montants, et tout cela alors que les deux pays ont tellement de potentiel. Il attaque de front l’autoritarisme et ses expériences pendant les événements du 11 septembre 2001 où il se retrouvait aux États-Unis pour de grandes manœuvres. Ceci l’amène à discuter des dangers qui guettent la France et le monde avec extrémisme religieux et les questions identitaires. Est-ce l’attrait de la certitude de l’Islam qui attire les jeunes alors que leur identité est contestée?
La dernière section enchaîne avec le péril individualiste qui menace l’occident. Celui-ci est alimenté par les médias sociaux qui réduisent les contacts personnels à des messages virtuels et vidéos tiktok et qui a été renfloué par la pandémie. Il renforce l’idée de « service » au pays; pas nécessairement un retour au service militaire obligatoire, mais qui remettrait toute la question du service à autrui et au pays comme priorité importante. C’est à mon avis une excellente prescription pour la France tout comme pour le Canada : il y a plus d’une façon de servir!
« Ce qui nous attend » est un tour d’horizon global important offert avec des anecdotes intéressantes et des réflexions fascinantes. Il est d’actualité et s’applique autant à la France qu’au Canada et offre des perspectives utiles pour tout citoyen engagé. Je le recommande fortement.